Les oubliés de notre histoire

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Les oubliés de notre histoire

Message par Invité le Jeu 24 Fév - 19:57




Nous sommes de grands ignorants de notre histoire , et de nos maîtres et de nos savants.

La plupart considèrent que Dr Mohamed Benlarbey Seghir est le premier médecin algérien y compris les médias et les responsables algériens qui falsifient la réalité ???????????????????





Mohamed Ben El Hadj Benamar Nekkach (1856-1942) : Le premier docteur en médecine algérien


par Mourad Benachenhou





Seul un peuple sous tutelle étrangère n'est pas entièrement maître de son histoire, et ne peut en évoquer ou en qualifier tel ou tel de ses aspects que sur autorisation de son tuteur.



La criminalisation du colonialisme : débat superficiel et stérile ?



Il n'est pas nécessaire de faire référence au débat actuel sur l'éventuelle criminalisation du colonialisme, car il en est encore, malgré les apparences trompeuses créées par les déclarations tonitruantes d'autorités officielles ou semi-officielles, qu'au stade de l'opportunité d'une telle entreprise.



La justice, quels qu'en soient les objets et les objectifs, est du ressort exclusif des autorités officielles
; et c'est à elles de traiter le sujet de la même façon qu'on traite toute affaire criminelle, mutatis mutandis, selon l'expression consacrée, c'est-à-dire de confier le dossier à des juges d'instruction, en fait des historiens qui seront chargés de réunir les faits, actes et paroles qui constituent des éléments à charge contre l'ancienne puissance coloniale, de présenter ces faits à un juge, entourés de jurés, qui prononceront leur verdict en fonction de ces faits. Faute de cette démarche systématique, le débat en
restera au niveau passionnel, et, donc, superficiel, et ne débouchera pas sur cette repentance que l'on recherche légitimement de la part de cette puissance.



Une politique coloniale de l'Education à double vitesse !



Parmi les «crimes» dont on peut accuser, avec preuves à l'appui, l'ex-puissance coloniale, l'un des moins justifiables à la fois moralement et politiquement est l'entreprise systématique de destruction culturelle du peuple algérien : il a été soumis à une politique délibérée de déchéance intellectuelle.



Empêché de conserver sa culture essentiellement arabo-musulmane, il a été rationné dans son accès à la culture de la puissance coloniale qui, pourtant, justifiait son occupation et sa politique d'oppression par son «œuvre civilisatrice». La politique d'accès à l'éducation constitue la meilleure preuve de cette volonté de maintenir les Algériens dans un état d'ignorance générale.



Voici ce que dit Pierre Leroy-Beaulieu dans son ouvrage intitulé : «De la Colonisation chez les Peuples Modernes» (6ème Edition, Tome Premier, Editeurs Felix Alcan, Paris, 1908): «On a promulgué, en 1883, une loi pour la réorganisation de l'instruction primaire en Algérie… L'instruction primaire est, d'après la loi, obligatoire pour les Européens et les Israélites ; elle ne le sera pour les musulmans que par des arrêtés spéciaux que le Gouverneur général sera libre de prendre pour les communes et les fractions de communes qui lui paraîtront comporter cette obligation.» (p. 517)



Ce même auteur remarque, un peu plus haut (p. 516), que, pour 1907, le budget alloué à l'éducation des Européens et Israélites, pourtant ne représentant que quinze pour cent de la population, est de 7.164.000 fr., alors qu'il ne dépasse pas 1.131.000 fr. pour les quelque 4.300.000 Algériens musulmans.



Comble de tout, un autre document de la période coloniale (Annales du Sénat : Documents parlementaires, séance du Mardi 7 juin 1904, p. 203) indique que le Gouverneur a proposé de réduire, en 1905, et sous le couvert d'économies, le budget de l'éducation des Musulmans, pour consacrer les sommes ainsi «économisées» à la poursuite de la colonisation au profit des exploitants
agricoles européens.



Les rescapés de la politique d'extension de l'ignorance



Au vu des restrictions apportées à l'accès des Algériens à l'éducation dans les écoles fondées sur le système européen, on ne peut qu'être admiratif devant ces hommes qui ont surmonté tous les obstacles pour accéder à une maîtrise de la langue française leur permettant non seulement de poursuivre des études supérieures, mais également de publier des ouvrages de recherche et de réflexion dont la qualité n'a pas été dépareillée par le passage du temps.



Parmi ces écrivains algériens, Ismaël Hamet, officier interprète principal de l'Etat-Major de l'Armée, a fait œuvre utile en publiant un livre intitulé «Les Musulmans français du Nord de l'Afrique» (Editeurs : Librairie Armand Colin, Paris 1906).



Dans cet ouvrage, il se livre à la reconstitution de l'histoire des Arabes, de l'Islam et de l'Algérie, ainsi qu'un tableau de la conquête et de l'occupation coloniale, certes à replacer dans le contexte politique de l'époque, et rappelle l'unité de son peuple, battant en brèche les tentatives systématique des doctrinaires de la période coloniale qui tentaient de présenter l'Algérie comme un amalgame de peuples réunis par les hasards de l'histoire sur un territoire unique.



Le peuple algérien existe depuis fort longtemps !



Voici ce qu'écrit Hamet à ce propos : «Il convient d'établir, dès maintenant, que Berbères autochtones et Arabes conquérants se sont si intimement et si complètement pénétrés, à peu près partout, qu'ils ne forment plus qu'un seul et même peuple, que rien ne les sépare désormais et que tout tend à les confondre… Les classer en Arabes, Berbères, Maures, Coulouglis… ne répond pas à la réalité.»(p.15)



Cet ouvrage a été honoré d'une préface d'un grand orientaliste français de l'époque, le professeur Alfred le Chatelier (1855-1929), maître de Louis Massignon (1853-1952) qui lui a succédé en 1926 à la chaire de Sociologie musulmane du Collège de France. C'est dire la haute qualité scientifique de cet
ouvrage, bien documenté et bien écrit.



Une mince élite intellectuelle algérienne dans un océan de misère et d'ignorance



Dans ce même livre (Chapitre 6 : L'Evolution intellectuelle), Hamet présente la première tentative de dictionnaire biographique, même incomplet, qui donne les noms, accompagnés d'une brève notice, de cette poignée au vu de la population algérienne de l'époque, de tous les Algériens qui ont réussi à se
faire une place honorable dans le système colonial, grâce à leur culture et leurs dons naturels. Hamet mentionne même le colonel Mohammed Ben Daoud, dont le nom est attaché à un célèbre proverbe algérien. (p.203) Il cite, entre autres, les noms des 16 médecins diplômés algériens en exercice en 1906, dont Mohamed Nekkach.



Voici ce que Hamet dit de ce médecin (p. 209) : «Monsieur le Docteur Nekkach (Mohammed), né en 1856 à Nedroma. Ancien élève du collège arabe et du lycée d'Alger. Petit-fils du Kaïd Nekkach qui, après le désastre de la colonne Montagnac, à Sidi Brahim, refusa d'ouvrir les portes de Nedroma aux agents de l'Emir. Médecin de colonisation à Hillil (Oran.)»



Cette brève notice biographique ne mentionne pas le fait important que Nekkach a été le premier docteur en médecine algérien
. En effet, il obtint son diplôme à la faculté de Médecine de Paris en juin 1880, c'est-à-dire à l'âge de 26 ans, avec une thèse dont le titre est le suivant : « Sur les rétrécissements de l'œsophage et le cathétérisme de cet organe par la sonde de Colin.» Cette thèse est même citée dans l'ouvrage collectif intitulé «Traité de chirurgie, publié sous la direction de MM. Simon Duplay et Alia (Volume 5, 1891), ce qui donne une idée de la qualité de ce travail de recherche.



Mohammed Nekkach, un homme célèbre à l'échelle mondiale



En tant que praticien original, Nekkach a connu une renommée mondiale en inventant un traitement de la diphtérie avec du perchlorate de fer et du lait.
Plusieurs publications médicales internationales rapportent son traitement, y compris des journaux scientifiques américains, comme «Medical Journal, A monthly journal of medecine and surgery» (1888, p. 329) allemands, comme «Jahrbuch fur Kinderheilkunde und physische Erziehung» (1890, p. 164), et
français comme «La revue des sciences médicales en France et à l'étranger» (1888, p. 757), etc.



On peut affirmer, sans exagération, que cette recherche a suscité un intense intérêt international qui s'est reflété dans des dizaines d'articles scientifiques y faisant référence dans les principales langues et publications spécialisées de l'époque.



Outre ses contributions à l'avancement de la médecine, Nekkach est crédité par le Professeur Sari, pour avoir mené une action de médecine sociale gratuite au profit des Algériens qui n'avaient pas, faute de moyen financiers, accès à la médecine payante réservée aux seuls Européens.



La médecine sociale selon Nekkach



Voici ce que Sari écrit sur cette action de médecine sociale tentée par Nekkach:«N'ayant pu trouver de clientèle pour laquelle il s'est voué, il a été contraint de rayonner exclusivement à travers les centres de colonisation de l'Oranie jusqu'à l'approche de la Première Guerre mondiale. Aussi a-t-il prôné une sorte de médecine gratuite au profit de ses coreligionnaires en démontrant qu'ils ne pouvaient s'acquitter des honoraires du médecin et payer en sus les médicaments… Il a tenu à alerter l'opinion publique face à l'inanition de surcroît révélée au sein même de riches plaines de colonisation à l'instar de la vallée du Chélif.» (dans : «La transition sanitaire en Algérie».



A souligner que le Professeur Sari a consacré à ce savant médecin une rubrique dans son ouvrage intitulé» L'Emergence de l'Intelligentsia algérienne» (pp. 112-122, Editions ANEP, Alger 2006) et un article publié sur «Les Cahiers de Tunisie» (tome 48, numéros 147-148 pp. 225-231, 1988).



En conclusion



A l'occasion du cent trentième anniversaire de l'obtention du titre de docteur en médecine par le Docteur Mohammed Nekkach, premier médecin diplômé algérien, on ne pouvait s'empêcher de rendre hommage à ce pionnier qui a prouvé que les Algériens avaient toujours été disposés à assimiler les sciences et les arts modernes, s'ils en avaient eu l'opportunité, et chaque fois qu'ils en avaient eu l'opportunité, malgré la politique d'ignorance menée par l'ancienne puissance coloniale, et dont les preuves ne manquent pas.






Est-il à compter parmi «les
effets positifs du colonialisme ?» Rien n'est moins probant de ces effets
positifs que le caractère exceptionnel de cette réussite, qui a plus affaire
avec les qualités naturelles de cet homme et son origine sociale, qu'avec une
politique coloniale visant à promouvoir la science moderne chez les «indigènes
algériens.»



Il est finalement à espérer qu'un
jour un hommage officiel soit rendu à ce grand homme qui a honoré l'Algérie et
que son nom rehausse quelque institution académique nationale.





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Re: Les oubliés de notre histoire

Message par Invité le Jeu 24 Fév - 20:36

Hommage au Docteur Mohamed-Seghir Nekkache:



Le premier ministre de la Santé de l'Algérie indépendante, Mohamed-Seghir Nekkache, est décédé samedi à Oran à l'âge de 92 ans.

Né le 26 avril 1918 à Ouled-Mimoun (Tlemcen), Mohamed-Seghir Nekkache, qui avait occupé le ministère de la Santé dans le premier gouvernement de l'Algérie indépendante, sous la présidence de M. Ahmed Ben Bella, était médecin de formation ayant obtenu un diplôme de médecine en 1949. Il avait entamé sa carrière politique dans les rangs du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), avant de rejoindre le Front de libération nationale (FLN) au lendemain du 1er novembre 1954. Promu au grade de capitaine, il devient directeur du service de la santé de l'ALN à Ghardimaou.

Après le cessez-le-feu, en 1962, le Dr. Nekkache avait exercé comme médecin privé et était un des proches conseillers de l'ancien président Ben Bella, qui le nomma au poste de ministre de la Santé le 27 septembre 1962.

Il avait également été élu député à Oran, avant d'être chargé du portefeuille des Affaires sociales, un an plus tard, soit le 18 septembre 1963. Membre du comité central et du bureau politique du FLN, le 23 avril 1964, il est chargé des Affaires sociales, avant d'être nommé ministre de la Santé publique, des Anciens moudjahidine et des Affaires sociales, le 2 décembre de la même année. Le 1er novembre 2002, à l'occasion du 48ème anniversaire de l’indépendance, il reçoit une attestation et une médaille de mérite, remises par l'ancien ministre de la Santé Abdelhamid Aberkane.


Nekkache, le médecin malgré «eux»

par Ahmed Saifi Benziane



Parce que vivant il n'a jamais eu envie d'une datte, que mort on ne lui en a pas offert.
Peut-on faire le portrait de Si Mohammed Nekkache sur le seul registre de la biographie officielle
et laisser en chemin les valeurs qui ont fondé l'homme et les petites gens, les «sans-le-sou», qui gravitaient autour de lui une vie durant ? Depuis M'dina J'dida déjà, la médecine pour lui, était plus qu'un métier. C'était un art, un don de soi, une offrande divine qu'il redistribuait à ceux, dans le besoin, qui ne pouvaient y accéder par dessein de l'Histoire. Plus tard, bien plus tard en l'évoquant, on parlera de sa pratique de la médecine comme d'un acte de militantisme, une résistance aux ordres établis. L'ordre colonial d'abord, celui peu reluisant qui lui a succédé, malgré l'espoir qu'il offrait ensuite.
Parlant peu, pour mieux se concentrer sur les paroles de ses interlocuteurs, il pouvait entrer dans une colère passagère sans haine, ni traces d'amertume en appuyant chaque mot, chaque phrase, par une métaphore puisée dans la sagesse de son peuple, dans sa langue maternelle. Il parlait une langue maternelle aux parfums volés à quelques sourires, gardés au fond de son regard profond sur les choses de la vie. Il aurait pu mener une vie commune, sans saveur, sans odeurs, sans épines, sans pépins. Une vie comme en mènent la majorité des médecins ou hommes politiques, comme lui, gérant une carrière rare pour sa génération, voire inespérée. Il aurait pu piétiner ses principes et s'aligner sur un parcours politique où il lui suffisait de cautionner un virage de cette Algérie indépendante, pour se retrouver dans les grâces des seigneurs. Il aurait pu plier bagages et partir ailleurs, en France ou en Suède pour suivre un chemin d'exil doré, abandonnant son sens de la vie et son sol et les siens.



Consommer le mépris que lui vouait le pouvoir né du coup d'Etat du 19 juin 1965 et les satellites qui lui ont succédé. Il a choisi d'écouter l'appel de prénoms arrachés aux profondeurs de cette terre et qui rappellent une ancestralité étouffée par manque d'imagination ou d'images.
Au barrage de police qui l'interceptait à la sortie de M'sila, au sortir d'une visite à Ben Bella fraichement élargi en résidence surveillée, en ce Ramadhan 1980, il répondait sans tricher, avec le sourire «je n'ai pas de carte d'identité et on m'a refusé une carte professionnelle.» Mais il déclinait son identité verbalement à ce jeune policier de l'indépendance chargé de le porter sur un inventaire. Celui des opposants comme on les appelait du temps où il y en avait encore. Sous le regard amusé de ses compagnons qui l'accompagnaient jusqu'à Alger, il changea de sujet aussitôt monté en voiture, pour parler de la Sociologie et de la manipulation qu'elle permet une fois récupérée par les pouvoirs. Refusant les compromis et les alliances contre-nature, Mohamed Seghir Nekkach est passé comme son destin le voulait par les prisons de l'indépendance et la cour de Sureté de l'Etat, pour «complot» contre la République. On ne pouvait même pas le placer en résidence surveillée sa vie durant, ne voyant pas
lui-même pourquoi il sortirait de chez lui pour constater les douleurs de ceux pour lesquels il s'était battu de Ghardimaou à Alger. Cet Alger froid et sans scrupules où il occupa le poste de Ministre. De la santé. Le premier Ministre de la santé de l'après-guerre et les premières campagnes de vaccination grâce à la volonté de quelques croyant en un pays neuf et la précieuse contribution d'étrangers, sous le signe de la coopération, parmi lesquels il comptait de nombreux amis.



La machine de l'Etat venait de se mettre en place, après les saignements de la guerre civile et l'apaisement qui a fait suite à l'implantation de l'armée des frontières sous l'aile protectrice de Ben Bella. Cette même armée qui s'empressa de dissoudre l'A.L.N., et démobiliser les combattants de l'intérieur pour éviter de croiser leurs regards. Puis, dans la foulée de la destitution du Zaïm par cette même armée des frontières et son emprisonnement 14 années durant, pour Mohamed Sheghir Nekkach commença la traversée d'un désert inacceptable pour ceux qui l'ont connu et aimé jusqu'à sa mort.
Jusqu'à sa mort il refusa d'afficher son acceptation du désordre dans lequel le pays a été plongé. « S'il était né avant le Prophète de l'Islam Nekkache aurait fait partie de la liste des prophètes » déclare monsieur tout le monde un illustre inconnu de passage dans la vie, entre deux allées de tombes
abandonnées sous les yeux hagards de l'Etat souverain. Cet Etat qui légalisa Octobre 88 en offrant le cafouillage du multipartisme en guise de pardon aux de jeunes, tombés sous les balles de la souveraineté nationale, grâce à ce « chahut de gamins » au bout d'une pipe. Puis vint le MDA, né à Paris, grandi en Suisse au bord d'un lac et obligé de rendre compte aux badigeonneurs de murs qui croyaient en un rêve passager transformé en cauchemar, parcequ'en réalité personne n'en voulait, ni le pouvoir, ni ses chefs véritables trop embourgeoisés par la chocolaterie helvète. Le Docteur Nekkach avait une autre option, plus intelligente, plus réaliste et moins théorique donc moins récupérable. Prendre le FLN aux prédateurs, le meubler par Ben Bella au sommet et ses sympathisants à la base.



Le FLN était devenu un bien vacant, que les émeutes d'Octobre venaient d'achever et à qui il suffisant juste de lui tendre la main pour le relever et le remettre à ses principes historiques. Benbella ne
voulait pas de cette option jugeant que sa dimension ne pouvait se limiter à un parti politique et qu'elle était d'ordre national voire arabe. Nekkache finit par présider à la destinée du MDA par fidélité à son ami, et à ceux dont il dut entretenir l'espoir sans grande conviction. La suite est trop récente pour en raconter les péripéties et l'occasion offerte par le pouvoir pour dissoudre le MDA a été saisie au vol. Un changement dans la teneur des statuts et notamment par rapport à la place de l'Islam dans la philosophie du MDA était inacceptable par quelques cadres politiques et par le président du mouvement. Par principe.



Dispersion pour les uns, les plus convaincus, récupération pour les autres qui attendaient une part du gâteau quelle que soit la main qui le tend. D'autres partis ont accepté et se sont rangé du côté de
«la légalité constitutionnelle». Pour Mohammed Seghir Nekkach rien ne valait la dignité et l'honneur, pas même l'argent qui a fini par corrompre tout le monde, ni la brillance tout juste bonne à rendre presque neuve une paire de chaussure.
L'homme avait cette capacité des grands à pouvoir se suffire de peu en donnant beaucoup. Il imposait le respect chez ses amis, mais aussi chez ses ennemis.
Aux théoriciens hâbleurs par survie, il n'avait qu'une réponse parfaite : «tu parles comme un livre». L'histoire d'une révolution transformée en guerre saura un jour reconnaître en lui, un homme qui ne meurt que si on décide de le tuer une deuxième fois.



Dr Mohammed Essghir Nekkache :Un humble qui quitte



par Mostéfa Khiati *



Le
Dr Mohammed Essghir Nekkache nous a quittés le samedi 29 mai 2010. Pour ’écrasante majorité des Algériens, ce nom ne signifie pas grand-chose car l’intéressé a quitté la scène nationale le 19 juin 1965, poussé par le coup d’Etat militaire mené par le colonel Boumediene.

Ce que retiendra l’histoire, cependant, c’est que le disparu-a été le principal architecte du service de santé de l’ALN durant la guerre de libération. Il a également et surtout relevé le défi du lendemain de l’indépendance, lorsque les deux mille médecins français ont quitté l’Algérie créant une situation unique dans l’histoire moderne de désert sanitaire. Le docteur Mohammed Essghir Nekkache est natif de Tlemcen, il est né le 26 avril 1918 à Lamoricière (Oran). Il est le petit cousin du Dr. Mohammed Nekkache, le premier docteur en médecine formé par
l’université française à de Paris en 1880. C’est un ancien militant du MTLD.

Il avait fait ses études supérieures jusqu’à l’obtention du doctorat en médecine à Toulouse. La thèse de médecine qu’il a soutenu en 1948, s’intitulait: «Contribution à l’étude d’un cas familial d’ostéopénie», elle est enregistrée sous le numéro 80 à la faculté de médecine de Toulouse. Parallèlement à la préparation de sa
thèse, le Dr. Nekkache a obtenu à Toulouse, plusieurs diplômes d’études spéciales (CES): en hydrologie le 21 juillet 1946, en électroradiologie et radiologie le 1er juillet 1947, en hygiène le 1er juillet 1946, en microbiologie à la même date, en médecine légale et en psychiatrie le 20 décembre 1946, en sérologie et prophylaxie vénérienne le 12 juin 1948.

Dès la fin de ses études, il s’est installé comme médecin privé dans le quartier des planteurs à Oran en 1949. (Estier Cl., Pour l’Algérie, p. 137, Paris 1964) Il peut même être considéré comme le plus diplômé des médecins algériens de l’entre deux guerres.

Il a rejoint les rangs de la Révolution bien avant son déclenchement et met en place une formation de secouristes. La première formation d’envergure est assurée durant l’été 1954, elle concerne une quarantaine de stagiaires venus de toute l’Oranie. (Lemkami M., ibid) D’autres cours de secourisme étaient dispensés aux femmes d’Oran et de sa région, ils étaient assurés par Nakkache deux fois par semaine en son cabinet.

Amrane-Minne a rapporté dans son livre, que Mohammed Benyahia était venu la voir dans son cabinet le 24 décembre 1955, pour lui proposer de faire une formation de secouriste à Oran chez le Dr. Nakkache et qu’elle pourrait être logée durant le stage chez la maman de Nakkache. (Amrane-Mine D. D., Les femmes dans la guerre, p. 28, EAIK Ed, Algérie-Oran 2004) Le Dr. Durand, médecin d’Oran, socialiste et membre de l’association ‘Fraternité algérienne’ qui militait pour des négociations dès 1956 a également à pris part cette dernière formation.

Abdelalim Medajaoui qui venait juste d’avoir son bac et qui rejoindra le maquis de la Wilaya III après la grève des étudiants de mai 1956 rapporte qu’il a été ‘’présenté au Dr. Nakkache, un ami de la famille lors d’une
visite de ce dernier à Tlemcen : « Il avait l’habitude me dit-il de prendre en stage des étudiants qui débutent ou terminent leur médecine pour les mettre dans le bain et leur faciliter les premiers pas dans les études ou la carrière. Il me proposa, donc, si j’étais d’accord de le rejoindre à Oran, dès que possible pour le reste des vacances d’été. Pour le gîte et le couvert, il m’offrit de m’héberger chez lui. » (Médjaoui A., ibid) Aux cotés du Dr. Nakkache, il s’initie au nationalisme : « Le docteur Nakkache était l’animateur d’un véritable
foyer culturel ouvert. Il était au confluent d’activités très diverses.
Son cabinet sa transformait les matinées du dimanche et jours fériés en une espèce d’université populaire ou s’organisaient toutes sortes de cours et de conférences: séances de révision et de préparation des examens par des élèves de lycées et de collèges ; causeries animées par des spécialistes, sur des problèmes d’hygiène divers, sur des questions de musique, de peinture ou autres; où l’enseignant d’une matière était
l’élève dans une autre. C’était ainsi que l’on pouvait voir, par exemple, Blaoui Houari disserter sur la chanson oranaise, puis s’initier lui-même aux secrets de l’hygiène dentaire ou respiratoire, livrés à l’assistance par tel chirurgien dentiste ou tel spécialiste d’oto-rhino-laryngologie. Tel praticien venait vous faire découvrir les
dangers ‘’des maladies des mains sales», ou comment nos mères roulant le couscous, en croyant s’être bien lavées les mains, pouvaient transmettre de graves maladies dues aux salmonelles, dont l’insuffisante conscience d’une réelle hygiène ne leur avait pas permis de se débarrasser… » (Medjaoui A., ibid)

Le Dr. Nakkache était déjà dans une logique de confrontation armée avec les forces coloniales. Il allait régulièrement aux ‘puces’ certains dimanches : « je l’y voyais acquérir tout un bric-à-brac, des chaussures et des tenues de chasse des surplus américains, des gibecières, des havresacs, des sacs et du matériel de camping, et même de la bâche et du matériel de bourrellerie, pour travailler le cuir et la bâche. Quand il trouvait
un établi ou des outils de menuiserie ou autres, il les achetait.

Dans la maison de sa mère, il avait équipé un grand hangar d’établis de menuiserie où venaient apprendre le métier les jeunes de la section scoute de la vile, sous la conduite de scouts dont c’était la profession… » (Medjaoui A., ibid) « Dr. Nakkache est un homme éthique, un jour un pharmacien de sa connaissance lui a demandé de lui adresser ses clients, en retour de quoi, il partagerait avec lui sa marge bénéficiaire. Le Dr. Nakkache lui a répondu : « Je n’ai pas besoin de partager avec toi, quoi que ce soit. Je t’envoie mes clients,
mais tu leurs feras des cadeaux utiles (sacs à main, biberons…). Je m’inquiéterai de ce que tu leur donneras ». (Medjaoui A., ibid)

L’Ordre de médecins, à composition colonialiste contrôlait de prés l’activité des médecins musulmans. Il avait l’œil sur le Dr. Nakkache dont le cabinet drainait une grande clientèle. Il l’a passé un jour en conseil de discipline, pour avoir prescrit de nombreux produits en même temps.
Il était accusé de délivrer des ordonnances trop couteuses pour la caisse de sécurité sociale.

Les malades concernés étaient des anciens combattants, souffrant de rhumatismes séquelles des tranchées
et des casemates. Il lui était reproché de leur donner plus que l’aspirine, des vitamines, des anti-inflammatoires non stéroïdiens ! Il a répondu aux membres du conseil : « Il n’est que juste, messieurs mes confrères, que je leur prescrive des vitamines et autres antalgiques ‘nobles’, en plus de l’aspirine ! » (Medjaoui A., ibid)

Il a commencé à faire l’objet de pressions policières dès le lendemain du 1er novembre 1954, il était convoqué par la police. Médjaoui rapporte qu’en 1956, il l’avait rencontré, il lui avait alors dit : « Ils ne me laissent pas tranquille ! Ils sont tout le temps après moi.» (Medjaoui A., ibid)

Il avait caché chez lui Hadj Ben Alla qui sera président de la première Assemblée nationale, et qui était recherché. Il l’a déguisé. Une de ses sœurs, l’a accompagné en train comme si elle était sa femme.

C’est lui qui a installé à Alger la première cellule FLN à vocation santé. Elle était dirigée par la regrettée Mme
Lalalim et comptait parmi ses membres Medjaoui, Khatib, Liassine ... Mme Laliam avait deux assistantes Salima B. et Malika M. mais également de Nani Bouderba avant son départ au maquis. L’objectif de la cellule était la collecte des médicaments notamment les antibiotiques et les instruments de petite chirurgie au travers d’une vaste fourmilière mise en place à Alger, dont les maillons étaient des pharmaciens, des médecins, des étudiants en médecine et des infirmières. La cellule assurait la liaison avec les familles qui hébergeaient les ‘pensionnaires’ de l’organisation FLN-ALN. Cette cellule était aussi chargée de former des dizaines de jeunes lycéens et étudiants aux gestes de secourisme. La cellule était en outre chargée de mettre en place les contacts nécessaires pour faciliter aux recrues « réseau santé» de l’ALN de rejoindre leur destination.

«Le docteur Nakkache nous rendait souvent visite et nous le logions alors dans une
de nos chambres, la mienne ou celle de Youcef [Khatib], pendant que
nous nous installions, tous deux, dans l’autre. Nous passions avec lui
une bonne partie de la nuit à compléter notre apprentissage du
secourisme auquel je m’étais initié à Oran et dont j’avais fait
profiter Youcef ; nous devions adapter alors ce savoir-faire pour des
besoins bien précis : envisager des ordonnances pour les affections les
plus probables (diarrhées, toux…); conditionner les doses de
médicaments dans des petits sachets en plastique transparents- nous
avions acheté une thermo-colleuse pour les fermer hermétiquement-;
réfléchir aux besoins d’un djoundi de l’A.L.N., à ce qu’il faudrait lui
emballer dans le plus petit empaquetage possible –nous apprenions
également à confectionner, en nous initiant à la bourrellerie, des sacs
en bâche pour de telles exigences. «N’oubliez pas, nous disait-il,
les besoins de toilette»-; nous avions acheté une provision de brosses
à dents en forme de doigtier en caoutchouc hygiénique, muni de pointes
de la même matière: placées sur l’index, on pouvait très bien se
brosser avec les dents et les gencives. Nous nous étions également
procuré un bon stock du Manuel du sous-officier qu’on trouvait en vente
dans les librairies : «Il sera très utile là-bas. Chaque frère qui
monte au maquis doit en prendre avec lui », nous conseillait le
docteur… » (Medjaoui A., ibid, p. 181)

Repéré par la police
coloniale, il se réfugie en Tunisie où il intègre les rangs de l’ALN en
juin 1956, il effectue des missions le long des frontières (Buy F., la
République Algérienne démocratique et populaire, p. 246, Paris 1965) et
surtout supervise les activités de santé au niveau de la base Est.
Ainsi, la direction de la santé, de la base d’appui Est, relevait du
Dr. Nakkache qui du temps où il était responsable d’une filière
médicale à Alger même, avait retenu deux choses: qu’il fallait veiller
aux premiers soins sur place et pouvoir communiquer à distance. Tous
les nouveaux arrivants, médecins ou étudiants étaient astreints au
stage de secourisme: «Dès mon arrivée, je fus présenté au Docteur
Nakkache, il accepta mes services et voulu que je suive d’abord les
cours destinés aux brancardiers–manipulateurs de T.S.F.» (Bensalem
D.-E., Voyez nos armes, voyez nos médecins, Enal Ed, Alger 1985) Cette
mission de supervision, il va l’assumer jusqu’en 1957, date de la mise
en place d’un organisme unique de supervision pour les deux bases
d’appui Est et Ouest.

Ainsi, face au manque aigu de cadres de
santé, il fait de la formation paramédicale son objectif principal tout
en assurant des prestations de soins aux premiers blessés évacués du
maquis. D’abord répartis dans plusieurs maisons louées dans la ville de
Tunis, ces derniers sont regroupés dans un seul lieu appelé la ‘zaouia
Bakraoui’ à Tunis. L’arrivée de Mahsas, nommé par Ben Bella, à la tête
de la base Est, entraine des modifications organisationnelles avec la
mise en place d’un Conseil de la santé présidé par Mohammed Toumi.

Le
Congrès de la Soumam et la proclamation de la primauté de l’intérieur
sur l’extérieur amène de nouveaux changements avec la nomination du
docteur Tédjini Haddam à la tête des services de santé.

Le docteur Nakkache continue durant cette période ses activités de formation et de soins.

Il
revient à la tête des services de santé avec la proclamation du GPRA et
de la création de l’état major général. Il prend en charge la santé
militaire alors que les problèmes de santé des réfugiés sont confiés au
ministère des affaires sociales du GPRA dirigé par Youcef Ben Khedda.
Il conservera sa place jusqu’à l’indépendance.

Il accomplira
dans ce poste de nombreuses actions dont les plus importantes restent
un meilleur niveau de formation avec notamment introduction de cours
d’urgences chirurgicales dans les cursus de formation, une meilleure
prise en charge des blessés notamment les plus graves avec la création
d’un centre de rééducation de pointe mis en place dans le cadre du
partenariat avec la Yougoslavie, lequel a fait frémir de jalousie de
nombreuses délégations d’Europe occidentale qui l’ont visitées.

Même
dans ses fonctions de principal responsable des services de santé, le
Dr. Nakkache passait régulièrement dans les unités, il était partout,
il travaillait la nuit dans les casemates, il faisait ses consultations
à la lumière du permis (lampe à pétrole) (Zemmouchi, In Communication
personnelle)

L’étudiant en médecine et faisant fonction
d’interne Ahmed Taleb qui le rencontre à l’époque reste admiratif: «le
Docteur Mohamed Seghir Nakkache qui me surprend à la fois par son
dévouement et par des idées novatrices sur la formation intensive des
secouristes ». (Taleb Ibrahimi A., Mémoires d’un algérien, p. 109,
Alger 2006) Martini parle de lui comme ‘’un obsédé de la formation».
(Martini M., ibid, p. 391)

Durant son séjour tunisien, il habitait un petit logement de deux pièces dans un hôpital tunisien avec son épouse qui travaillait comme sage femme dans une PMI à Tunis.

Les témoignages sont unanimes pour saluer ses qualités humaines. C’est
d’abord l’ancien Président Chadli Bendjedid, responsable de la zone 1,
le long de la frontière Algéro-tunisienne qui est blessé au genou, se
présente à l’hôpital de Souk Larbaa (entre Baja et Ghardiamaou). Le Dr.
Nakkache qui fait sa connaissance à ce moment l’emmène chez le Dr.
Yagoubi qui le traite, l’emmène ensuite à Tunis où il lui fait passer
des examens et l’invite à manger chez lui. C’est le Pr. Hamladji alors
étudiant en médecine affecté au centre de Ghardimaou qui se rappelle :
chaque fois qu’on partait en mission, le Dr. Nakkache nous réveillait à
6 h du matin, il avait déjà préparé ramené des beignets et préparé le
café au lait et le thé. (Hamladji M., In Communication personnelle)

Il
aura le grade de Commandant de l’ALN en 1962. A l’indépendance, il sera
désigné ministre des Affaires sociales en septembre 1963 chargé de la
santé dans le premier Gouvernement de l’Algérie indépendante. Il fera
un travail remarquable en essayant de mettre en place un système de
soins capable de répondre aux besoins immenses d’une population
meurtrie, longtemps sevrée de soins. Il mettra notamment en place la
pharmacie centrale algérienne dès 1963, l’Institut national de santé
publique la même année.

Lors du coup d’Etat du 19 juin 1965
alors que tous les ministres se sont ralliés aux militaires
putschistes, il est le seul à manifester son opposition : «le Dr.
Nakkache, arrêté durant la nuit et blessé en tentant d’opposer une
résistance » (Weiss F., Doctrine et action syndicalistes en Algérie, p.
281, Paris 1970) Sa deuxième femme suédoise est accusée d’espionnage et
arrêtée avant d’être expulsée avec sa fille.

Il passera cinq
années en résidence surveillée à Touggourt, il y travaillera dans
l’hôpital de cette ville. Libéré en 1970, il ouvrira un cabinet sur le
boulevard du front de mer à Oran où il y travaillera jusqu’à sa
retraite. Fidèle à ses amitiés, il sera l’un des principaux dirigeants
du MDA, parti créé par Ben Bella à sa sortie de prison. Il sera arrêté
et traduit devant la cour de sureté de l’Etat en 1982 avec une
cinquantaine de personnes.

Il sera libéré dix huit mois après
que lui soit accordée la grâce présidentielle. Il a eu une fin de vie
bien triste, abandonné par sa famille, il a été pris en charge par des
gens généreux. Il a vécu ses dix dernières années dans un F2 à Oran,
dans une quasi retraite éclairée par moments par la visite de quelque
uns de ses anciens compagnons. Je lui ai rendu visite il y a moins de
trois mois, sa situation m’a attristée. Il vient d’être rappelé à Dieu.

*Professeur de médecine, Université d’Alger



























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